À peine le rideau tombé sur la CAN 2025 que la Confédération africaine de football se retrouve déjà face à un nouveau chantier brûlant. Et pas des moindres. La CAN 2028, annoncée fin décembre sans pays hôte clairement désigné, s’impose comme un vrai sujet d’inquiétude dans les couloirs de la CAF.
Le temps file, le cahier des charges est lourd, et les options réellement crédibles ne courent pas les rues. Pour l’instance panafricaine, cette édition ressemble de plus en plus à une épine bien plantée dans le pied.
Des candidats peu nombreux et beaucoup d’hésitations
Sur le papier, plusieurs pays pourraient lever la main. Dans les faits, le tableau est bien moins rassurant. L’Égypte a l’expérience, les stades et le savoir-faire, mais Le Caire ne semble pas pressé de rejouer les sauveurs de dernière minute comme en 2019.
L’Algérie, solide sur le plan sportif et structurel, paraît freinée par des considérations politiques qui pèsent dans ce type de dossier.
Quant à l’Afrique du Sud, souvent citée dans les discussions, elle traverse une période économique délicate et entretient un flou sur sa réelle volonté de s’engager. Sans elle, l’idée d’une candidature régionale avec le Botswana et la Namibie perd rapidement toute crédibilité, notamment à cause des écarts en matière d’infrastructures.
L’Éthiopie, un potentiel immense mais un chantier colossal
Parmi les candidatures officiellement déclarées, l’Éthiopie intrigue autant qu’elle interroge. Le pays affiche une dynamique économique intéressante, une population de plus de 120 millions d’habitants et une vraie passion pour le football.
L'Éthiopie a officiellement soumis sa candidature pour être l'hôte de la Coupe d'Afrique des Nations 2028.
Le pays ne possède à l'heure actuelle aucun stade conforme aux exigences de la CAF. pic.twitter.com/DbHC75TQJm— 𝙕𝙀𝙎𝙋𝙊𝙍𝙏 (@dyesbro) January 31, 2026
Sur le papier encore, tout semble aligné. Addis-Abeba construit le plus grand aéroport du continent et dispose de plusieurs stades dépassant les 15 000 places.
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Mais le nerf de la guerre reste la conformité. Aucun de ces stades n’est aujourd’hui homologué par la CAF. Les travaux à réaliser seraient lourds, coûteux et surtout difficiles à mener dans des délais aussi serrés. À trois ans de l’échéance, le pari paraît risqué, même pour une confédération habituée aux montages express.
Le Maroc, solution idéale ou option refroidie ?
Naturellement, beaucoup de regards se tournent vers le Maroc. Après une CAN 2025 globalement saluée pour son organisation, Rabat apparaît comme le candidat le plus rassurant. Pourtant, là aussi, le doute s’installe. La fin de tournoi tendue, marquée par une finale houleuse et une atmosphère électrique, aurait laissé des traces. En interne, l’enthousiasme ne serait plus aussi évident.
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Selon plusieurs observateurs, le calcul est simple côté marocain : une CAN rapporte beaucoup à la CAF, mais coûte cher au pays hôte.
L’idée d’enchaîner rapidement avec une nouvelle édition ne ferait pas l’unanimité, d’autant que le Royaume se projette déjà vers des échéances plus stratégiques, comme la Coupe du monde 2030 ou la Coupe du monde des clubs 2029. Une deuxième CAN pourrait servir de répétition générale, mais rien n’indique pour l’instant une volonté ferme de replonger.
Le spectre d’une improvisation déjà vue
En arrière-plan, les incertitudes autour de la CAN 2027, confiée au trio Kenya–Ouganda–Tanzanie, n’aident pas à rassurer. Les chantiers avancent lentement et certains scénarios commencent à circuler en coulisses : glissement de calendrier, fusion d’éditions, voire réattribution de dernière minute.
et s’il n’y avait finalement qu’une seule CAN début 2028 ? Celle au Kenya/Ouganda/Tanzanie qui sera difficilement prête avant. Quant au Maroc, il risque d’être plus intéressé par la CDM des clubs 2029. Ses nouveaux stades seront alors prêts (Casablanca, Agadir, Marrakech…)
— philippe doucet (@doucetphilippe2) January 16, 2026
Des options qui rappellent de mauvais souvenirs, notamment le retrait de l’organisation au Cameroun en 2019 et le grand jeu de chaises musicales qui avait suivi jusqu’à la CAN organisée en Côte d’Ivoire.
Après avoir bouleversé son calendrier, imposé une CAN en hiver puis décidé d’un passage à une édition tous les quatre ans, la CAF se retrouve aujourd’hui face à ses propres choix. La CAN 2028 s’annonce comme un test grandeur nature.
Il faudra de la lucidité, du pragmatisme et, peut-être encore une fois, une bonne dose d’improvisation pour éviter que cette édition ne devienne un nouveau feuilleton embarrassant pour le football africain.