Dix-huit supporters sénégalais vivent depuis près de trois semaines derrière les barreaux à Rabat, sans réellement savoir ce qu’on leur reproche. Interpellés à la suite des incidents ayant éclaté lors de la finale de la CAN 2025, disputée mi-janvier au Maroc, ils dénoncent aujourd’hui un flou total autour des charges retenues contre eux.
Face à cette situation qu’ils jugent injuste, ils ont décidé de passer à l’action en entamant une grève de la faim. Une décision lourde, motivée par le sentiment d’être oubliés et privés de leur droit le plus élémentaire : celui de se défendre.
Une barrière linguistique au cœur du malaise
Dans un message transmis par leur avocat, les supporters expliquent avoir été interrogés par la police en français et en arabe, des langues qu’ils ne maîtrisent pas. Eux assurent ne comprendre que le wolof. Une incompréhension qui, selon eux, fausse totalement la procédure. Ils réclament simplement que leur version des faits soit entendue et comprise. En attendant, ils disent patienter depuis le 18 janvier sans connaître précisément la nature des accusations portées contre eux, une attente devenue insupportable.
Poursuivis pour « hooliganisme » et détenu au Maroc, 18 supporters sénégalais ont annoncé ce vendredi entamer une grève de la faim. Ils se plaignent de ne pas savoir ce qui leur est reproché et de ne pas être interrogés dans leur langue, le wolof. https://t.co/iFUMMDvW89 pic.twitter.com/8EgR1syFxt
— L'Équipe (@lequipe) February 6, 2026
Le choix du jeûne comme dernier recours
Estimant que la justice leur tourne le dos, les dix-huit Sénégalais ont décidé de commencer un jeûne continu, dans un esprit de prière et de recueillement. Leur objectif est clair : attirer l’attention sur leur situation et forcer les autorités judiciaires à leur donner la parole. Pour eux, cette grève de la faim n’est pas un geste de provocation, mais un cri d’alarme lancé depuis leurs cellules.
🇸🇳 Détenus depuis la finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal, 18 supporters des Lions de la Téranga ont entamé ce vendredi une grève de la faim. Poursuivis pour hooliganisme, ils estiment que leur "droit à la justice" leur est "refusé"https://t.co/A5QuzvLpoU
— RMC Sport (@RMCsport) February 6, 2026
Hooliganisme et procédure à l’arrêt
Les supporters sont poursuivis pour hooliganisme, une qualification large qui englobe des faits de violences, des dégradations d’installations sportives et des jets de projectiles contre les forces de l’ordre. Une première audience, prévue fin janvier, avait déjà été reportée afin de permettre aux différentes parties de préparer leurs dossiers. Une nouvelle comparution s’est tenue brièvement jeudi dernier, mais leurs demandes de liberté conditionnelle ont été rejetées. Le procès est désormais repoussé au 12 février, en raison d’une grève des avocats au Maroc.
Une finale qui a fait basculer la soirée
Tout est parti d’une finale électrique à Rabat, remportée par le Sénégal 1-0 après prolongation, au terme d’un scénario chaotique. Les décisions arbitrales, notamment un penalty accordé au Maroc dans le temps additionnel après intervention de la VAR, ont mis le feu aux poudres. Le départ momentané des joueurs sénégalais, encouragés par leur sélectionneur Pape Thiaw avant de revenir sous l’impulsion de Sadio Mané, a encore tendu l’atmosphère.
Aujourd’hui on est le 06 Février 2026, des supporters sénégalais 🇸🇳 sont toujours retenus au Maroc 🇲🇦
Soutenons les pour qu’ils retrouvent leur liberté. Ils ont besoin de notre soutien là où ils sont.
Partagez en masse svp 🙌#LiberezNosSupporters 🙏🇸🇳 pic.twitter.com/VVCx5aFUVd
— . (@MoustiFCB) February 6, 2026
Des tribunes au tribunal
La tension a rapidement gagné les gradins. Des supporters sénégalais ont tenté d’envahir la pelouse pendant de longues minutes, y compris au moment où Brahim Diaz s’apprêtait à tirer son penalty, finalement manqué. Quelques jours plus tard, la CAF a frappé fort en infligeant des sanctions disciplinaires aux deux fédérations, pointant des comportements antisportifs et des manquements aux principes du fair-play.
Aujourd’hui, l’affaire a quitté le terrain pour s’installer dans les prétoires et les cellules. Et pendant que le football a déjà tourné la page, dix-huit supporters sénégalais attendent toujours que leur voix soit entendue.