Habitué des aventures africaines hors des sentiers battus, Tom Saintfiet n’a jamais fait dans la fausse modestie. Après avoir déjà surpris le continent avec la Gambie, quart-de-finaliste de la CAN 2021, le technicien belge nourrissait une ambition claire avec le Mali comme il l’annonçait à la RTBF. Même face aux mastodontes.
« Cette CAN me laisse un sentiment double. Au vu du tableau des quarts, nous étions clairement les petits poucets parmi les géants. Tous les grands pays étaient là : le Sénégal, le Maroc, mais aussi l’Algérie, le Nigéria, l’Egypte, etc… Mais comme tout entraîneur, je suis ambitieux… et j’avais l’ambition secrète de gagner le trophée ! »
Un discours assumé, presque provocateur, mais utilisé comme levier interne. Avant le tournoi, Saintfiet a cherché à installer une culture de l’exploit dans le vestiaire malien.
« Pour motiver mes joueurs avant le tournoi, je leur ai montré des vidéos des grands exploits de la Zambie en 2012 à la CAN, puis de la Grèce en 2004 et du Danemark en 1992 à l’Euro. »
Le parcours des Aigles aura confirmé la solidité du projet. Accrochage face au Maroc dès le premier tour, puis une élimination en quart de finale face au Sénégal, futur vainqueur, sur la plus petite des marges. Suffisant pour nourrir quelques regrets.
🗣️ Tom Saintfiet :
« Maintenant, j’ai deux mois jusqu’au prochain rassemblement avec mes joueurs au Mali… et j’attends de voir si je serai encore Sélectionneur à ce moment. (Il nous montre son téléphone avec une information qui vient de tomber) Je découvre sur internet que… pic.twitter.com/MnvR8p3jU5
— Les Aigles Du Mali 🇲🇱🦅 (@AiglesDuMali_) January 27, 2026
Le Mali, bien plus qu’un outsider selon Saintfiet
Loin des clichés, le sélectionneur belge estime que la valeur réelle de son groupe dépasse largement son statut médiatique.
« Vous savez, en Belgique, le Mali jouerait facilement le top 5 de la Pro-League : mes joueurs jouent dans les championnats du Big Five et ceux présents en Pro-League, comme Kiki Kouyaté de l’Antwerp ou Abdoulaye Sissako de Saint-Trond, n’ont pas le profil pour ma tactique actuelle. »
Lucide, Saintfiet reconnaît néanmoins un écart net avec les références du continent.
« À la CAN, le Maroc et le Sénégal étaient au-dessus du lot. Ça fait 15 ans que je dis que l’Afrique va gagner la Coupe du Monde, et avec l’Algérie, ces deux pays sont clairement les mieux placés pour réaliser cela très bientôt. »
Pour étayer son propos, il s’appuie sur des données concrètes et sur l’évolution structurelle du football africain.
« Le Maroc est 8e au classement FIFA… juste devant la Belgique, le Sénégal est 12e. Depuis toujours, les meilleurs talents sont en Afrique et aujourd’hui, ces pays ont comblé leur retard de structures. Notamment grâce au travail de Chris Van Puyvelde comme DT au Maroc : allez voir le Centre National de Rabat, c’est autre chose que Tubize chez nous ! Et le Maroc a gagné tous les titres mondiaux chez les jeunes ! »
Tom Saintfiet seeing it all through the camera. 📸🇲🇱#TotalEnergiesAFCON2025 pic.twitter.com/ErXb5uZAkB
— TotalEnergies AFCON 2025 (@CAF_Online) December 26, 2025
« La Panenka de Brahim Diaz ? Il l’a peut-être fait exprès… »
Présent aux Pays-Bas pour analyser la finale Maroc-Sénégal pour une chaîne néerlandaise, Tom Saintfiet est revenu sans détour sur un match qui restera dans les mémoires autant pour son scénario que pour ses polémiques.
« C’est dommage, ces polémiques, car cette CAN fut en tous points magnifique : la qualité des matches, le public, les stades, les pelouses, l’organisation, la mobilité, la sécurité. Seule la météo a fait défaut : on a eu de la pluie comme en Écosse ! »
Mais impossible d’éluder l’épisode le plus commenté de la finale : la Panenka manquée de Brahim Diaz.
« Je ne comprends pas ce qui s’est passé dans sa tête. Je connais le joueur : il est très aimable et humble. Rien à voir avec l’image arrogante qu’on lui prête depuis cette Panenka. »
L’analyse se fait plus intime, presque psychologique.
« En fait, j’ai le sentiment qu’au fond de lui, il ne voulait pas vraiment marquer un pénalty aussi léger… et qu’il se disait que le Maroc allait quand même marquer après. Je n’en ai pas la preuve, c’est juste une intuition… »
Avant de conclure avec une touche d’ironie footballistique.
« Un bon penalty dans un match décisif, vous le savez bien, on le frappe comme Leo Vander Elst au Mexique en 1986 : au milieu et le plus fort possible ! »
Il rigole, mais le débat reste entier.
Un regard critique sur la médiatisation en Europe
Au-delà du terrain, Saintfiet n’a pas caché son amertume face au traitement médiatique de la CAN en Belgique.
« Je trouve scandaleux qu’en Belgique, aucune chaîne de télé n’ait diffusé les matches : quel manque de respect pour les communautés africaines qui vivent chez nous ! »
La comparaison est cinglante.
« Alors qu’on trouve de l’argent pour diffuser des dessins animés sur Nickelodeon en ukrainien pour 10.000 personnes… »
Enfin, le technicien rappelle que la Belgique était loin d’être absente de cette CAN, au moins sur les bancs.
« Et avec Hugo Broos, Paul Put, moi… et normalement Marc Brys, la Belgique avait aussi 4 coaches au départ de cette CAN ! »
Un constat qui résume bien le paradoxe : une compétition de très haut niveau, encore trop souvent regardée de loin par ceux qui devraient la valoriser.