Il n’aura pas fallu longtemps à Sabri Lamouchi pour installer le ton. À peine nommé à la tête des Aigles de Carthage, le technicien a parlé sans détour du niveau du championnat tunisien lors de sa première conférence de presse. Un discours direct, presque brut, loin des formules habituelles.
“Pour ne rien vous cacher, je ne vais pas regarder tous les matchs du championnat local, certaines rencontres sont vachement ennuyeuses et ne me permettent pas d’avoir une idée claire sur le potentiel des joueurs.”
Des mots qui ont fait grincer, mais qui traduisent surtout un constat partagé en coulisses depuis plusieurs saisons : le championnat a perdu de son rythme, de son intensité et de son attractivité.
Le terrain ne ment pas
La baisse de régime se vérifie aussi sur la scène africaine. Cette saison, plusieurs clubs tunisiens sont sortis très tôt des compétitions continentales. L’US Monastir, l’Étoile du Sahel ou encore le Stade Tunisien n’ont pas réussi à franchir les premiers obstacles.
Seule l’Espérance de Tunis continue de défendre les couleurs nationales. Un bilan inhabituel pour un football qui s’était construit une réputation de régularité et de solidité en Afrique.
Dans les stades, le constat est souvent le même : peu de rythme, des tribunes clairsemées et des matchs qui peinent à emballer. Le championnat tourne, mais sans véritable dynamique.
Tunisie : Les premiers mots de Sabri Lamouchi avec les Aigles de Carthage
Une sélection qui regarde ailleurs
Dans ce contexte, Lamouchi a fait son choix. Pour préparer la Coupe du monde 2026, il compte s’appuyer en priorité sur les joueurs évoluant à l’étranger, confrontés chaque semaine à un niveau d’exigence plus élevé.
Le paradoxe est là. La sélection avance, compétitive et qualifiée pour le Mondial. Mais derrière, le vivier local suit difficilement.
Au fond, la sortie du sélectionneur dépasse le cadre d’une simple polémique. Elle met en lumière une réalité que le football tunisien ne peut plus ignorer. Formation, organisation, niveau de jeu, modèle économique : les chantiers sont nombreux.
Parce qu’aujourd’hui, le danger n’est pas seulement de voir le championnat perdre de sa valeur. Le vrai risque, c’est qu’il cesse, peu à peu, d’alimenter l’équipe nationale. Et là, c’est tout l’équilibre du football tunisien qui serait menacé.